Après les prompts, une nouvelle étape s’ouvre pour les cabinets

Édito : Pendant longtemps, parler d’intelligence artificielle dans les cabinets revenait surtout à parler de ChatGPT, de prompts et de génération de contenus.

Mais depuis quelques mois, le sujet évolue très rapidement.

Skills, agents IA, MCP, connecteurs… derrière ces termes parfois très techniques se dessine en réalité une transformation beaucoup plus concrète de notre manière de travailler.

L’enjeu n’est plus seulement de demander à une IA de rédiger un courrier, de synthétiser un document ou d’analyser une information.

Demain, elle pourrait connaître les méthodes propres au cabinet, accéder aux informations présentes dans différents logiciels et être capable d’enchaîner plusieurs actions pour assister réellement les équipes dans leur quotidien.

I – Inqom, Farméo et les Skills : quand le savoir-faire devient un actif 📈

Une actualité récente illustre particulièrement bien cette évolution. Inqom a annoncé la reprise du module Inventaire & Stocks de Farméo.

À première vue, il pourrait simplement s’agir d’une opération technologique supplémentaire. Mais derrière Farméo se trouvent également 14 années d’expertise en comptabilité agricole.

Et si le véritable actif était justement là ? Cette actualité fait directement écho au développement des Skills.

Pour simplifier, un Skill permet d’expliquer à une IA comment réaliser correctement une tâche : quelles étapes suivre, quelles règles appliquer, quels contrôles effectuer, quelles exceptions prendre en compte ou encore quelles ressources utiliser. Créer un Skill pour effectuer une première analyse d’une balance peut sembler relativement simple.

Mais reproduire la méthode d’un professionnel expérimenté, capable de détecter une anomalie, d’identifier un cas particulier et surtout de savoir quand il ne faut pas conclure automatiquement, est beaucoup plus complexe. Car un bon Skill ne repose pas uniquement sur un bon prompt. Il repose avant tout sur du métier.

Or, nos cabinets possèdent des années, parfois des décennies, de méthodes, d’expériences sectorielles, de cas rencontrés et de réflexes professionnels. La question est désormais de savoir comment formaliser ce savoir-faire pour pouvoir, demain, le transmettre à l’IA.

II – Chift : 10,5 millions d’euros investis dans les connecteurs 💰

Autre signal intéressant : Chift vient de lever 10,5 millions d’euros pour accélérer son développement en Europe.

Son métier ? Connecter, à travers une même infrastructure, plus de 120 systèmes financiers et permettre désormais aux agents IA d’aller chercher et d’utiliser les données présentes dans ces différents environnements.

Cette actualité rappelle également le chemin parcouru par MyCompanyFiles. Il y a 15 ans, l’entreprise faisait ses premiers pas au Congrès avec l’ambition de faire communiquer les différents outils utilisés par les cabinets. Aujourd’hui, elle revendique plus de 80 interconnexions. Avec le développement de l’intelligence artificielle, cette problématique prend une nouvelle dimension.

Un agent IA peut être extrêmement performant. Mais s’il n’accède pas aux bonnes données, ses possibilités restent limitées. Or, peu de professionnels se trouvent aujourd’hui au croisement d’autant de données d’entreprises que l’expert-comptable : comptabilité, fiscalité, social, facturation, trésorerie, juridique…

L’enjeu de demain pourrait donc ne plus être seulement de posséder la donnée, mais d’être capable de la connecter et de l’exploiter intelligemment.

III – MCP : trois lettres que l’on risque d’entendre de plus en plus ❸

Et cette évolution est déjà visible chez les éditeurs. Pennylane, Qonto, Agicap, Dougs, MyUnisoft, fulll ou encore Inqom by Visma avec AgentIX… plusieurs acteurs de l’écosystème comptable et financier avancent désormais autour du MCP et de l’ouverture des outils à l’intelligence artificielle.

Lorsque autant d’éditeurs prennent presque simultanément une même direction, le sujet mérite forcément notre attention. Mais concrètement, qu’est-ce que cela pourrait changer dans un cabinet ?

Aujourd’hui, un collaborateur passe encore d’un logiciel à l’autre pour rechercher les informations dont il a besoin : comptabilité, factures, trésorerie, paie, CRM, gestion… Demain, il pourrait simplement demander à son IA : « Je rencontre ce client dans une heure. Prépare-moi le rendez-vous. »

Avec les autorisations nécessaires, l’IA pourrait alors aller chercher directement les informations utiles dans les différents logiciels du cabinet. Et les agents vont encore plus loin. Ils ne se contenteraient plus de lire l’information. Ils pourraient également agir : préparer un prévisionnel, créer une tâche, mettre à jour un CRM ou déclencher une action dans un autre logiciel. Cela pourrait progressivement modifier notre rapport aux outils métiers.

Pendant vingt ans, nous nous sommes demandé : « Quel logiciel allons-nous utiliser ? » Demain, la question pourrait devenir : « À quelles données et à quelles actions notre IA peut-elle accéder ? »

Une profession en pleine transformation 🚀

Facture électronique, automatisation, nouvelles missions, évolution des outils métiers et maintenant intelligence artificielle… La profession comptable connaît une transformation profonde. L’IA arrive progressivement dans les cabinets et son utilisation ne se limitera pas à ChatGPT ou à quelques prompts utilisés ponctuellement par les collaborateurs.

Skills, agents, connecteurs, MCP… toutes ces évolutions montrent que nous nous dirigeons vers des outils capables de mieux comprendre nos méthodes, d’accéder à davantage de données et, progressivement, d’agir au sein de nos environnements de travail. Cela ne signifie pas que tout doit être automatisé ni que le savoir-faire du professionnel perd de sa valeur.

Si les mêmes modèles d’intelligence artificielle deviennent accessibles à tous, ce qui différenciera les cabinets sera peut-être justement ce qu’ils possèdent déjà : leur expérience, leurs méthodes, leur connaissance des clients, leurs expertises sectorielles et leurs réflexes professionnels. Et au Label Co-Pilotes, nous restons convaincus d’une chose : face à toutes ces transformations, il vaut mieux ne pas avancer seul.

Notre rôle est justement d’aider nos membres à prendre de la hauteur, à comprendre les évolutions en cours et à se préparer aux changements qui vont continuer à transformer la profession.

Nous continuerons donc à suivre ces sujets, à les décrypter, à partager les bonnes pratiques et à créer des temps d’échange pour permettre à chacun d’avancer avec plus de clarté et de sérénité. Parce qu’au fond, c’est aussi ça la force de l’alliance : rester indépendant, sans jamais être isolé face aux mutations du métier.

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