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Une période fiscale qui n’en finit pas, le sentiment d’être sur le qui-vive depuis mars 2020, et cette injonction qui somme de « lâcher prise »…

C’est bien le meilleur moyen de donner la sensation, à toutes celles et ceux qui œuvrent au sein des cabinets d’expertise-comptable et de commissariat-aux-comptes, qu’ils ne seront décidément jamais compris !

🐝 Même pour quelqu’un qui a des notions en sciences cognitives et qui pratique la méditation, l’exercice du lâcher prise reste complexe.

Pour apprendre à lâcher prise, et partir en vacances l’esprit tranquille, découvrez les conseils, astuces et outils de Mélissa Demandre, Auditeur conseil en neuro-management et neuro-leadership.

Pourquoi lâcher prise est si difficile ? 

Assimilé à un manque de conscience professionnelle par certains, le lâcher prise pourrait être considéré comme une forme de négligence. Effectivement à l’approche des vacances d’été, inconcevable de lâcher les commandes et de laisser un bateau temporairement sans équipage ni capitaine à bord, avec dans son sillage, les dossiers, les clients, et les projets en-cours du cabinet. L’expert-comptable pense avant tout à sa responsabilité en qualité de chef d’entreprise ; les attentes des clients, la pression des délais, les contraintes de management des collaborateurs…

Pour d’autres, le lâcher prise est un concept spirituel nébuleux relativement inaccessible, qui fait à la fois peur et rêver.

Les personnes qui parviennent à déconnecter leur esprit, à se concentrer sur une autre activité en acceptant que les pensées inhérentes au cabinet apparaissent, tourbillonnent puis s’éclipsent, ont de quoi être enviées par celles qui se sentent prisonnières de leurs obligations, qui considèrent qu’elles n’ont pas de choix…

L’intérêt du lâcher prise pour celles et ceux qui parviennent à l’expérimenter, est de se sentir apaisé quels que soient le contexte et les circonstances. Au regard de la conjoncture actuelle, cela peut sembler utopique de se ré-énergiser pendant les vacances en parvenant à faire abstraction des pensées et émotions qui parasitent l’esprit. Et pour autant, cela apparaît crucial pour aborder sereinement l’activité de la saison suivante…

🐝 Avant d’imaginer le mettre en pratique, il convient de comprendre ce qui se joue dans notre cerveau.

Le lâcher prise d’un point de vue neuro-cognitif 

Pour de nombreux neuroscientifiques, le cerveau est bicéphale, et les facultés intellectuelles et émotionnelles sont propres à l’un ou l’autre des hémisphères. Le cerveau gauche alimente les réflexions, il a la capacité d’analyser les données, quel que soit le langage utilisé : les mots, la langue, les chiffres, les suites logiques, les codes… Il fonctionne comme un référentiel à plusieurs variables : le temps, les lois, les règles, l’éducation, la morale, la religion, l’opinion des autres, le jugement…  

A l’inverse, le cerveau droit est sensible aux ressentis, à ce qu’il expérimente, siège de la créativité et de l’imaginaire, il est prépondérant chez les artisans, les artistes.

Dans le quotidien d’un expert-comptable, l’hémisphère gauche est sursollicité, en particulier lorsqu’il met en lien les exigences des clients ou des collaborateurs avec les contraintes fiscales, ou à chaque fois qu’il court après le temps en s’efforçant d’améliorer les process pour rendre le cabinet plus productif. 

Cet hémisphère rempli d’injonctions, provoque régulièrement de la démotivation, de la frustration, des conflits et de l’insatisfaction. Mais l’hémisphère gauche connu pour être raisonnable, n’est pas rationnel pour autant, dans le sens où il se persuade qu’il a le pouvoir d’agir sur toutes les variables du référentiel. 

Or, l’économie, la politique, les lois, le temps sont hors de notre sphère de contrôle car elles s’inscrivent dans une zone dite de préoccupation et sont par définition ingérables. Certaines personnes parviennent à exercer un pouvoir d’influence, c’est le cas d’un expert-comptable qui suggère à un client d’opter pour une stratégie plutôt qu’une autre. Dans certains cas, clients et collaborateurs acceptent délibérément de faire partie de la sphère d’influence de l’expert-comptable. En revanche, ils ne feront jamais partie de sa zone de contrôle. Par définition, cette dernière se limite aux comportements, pensées et ressentis d’un individu. Et force est de constater que les émotions comme les pensées ne sont pas toujours contrôlables, et qu’elles sont difficilement maîtrisables. 

🐝 A mon sens elles doivent être accueillies en l’état. Ce sont nos pensées et nos ressentis qui nous poussent à adopter certains comportements. Notre contrôle est effectif seulement lorsqu’il concerne nos actions. 

Le schéma ci-dessous reprend l’imbrication des 3 sphères. L’impossibilité de lâcher prise vient du fait que l’hémisphère gauche s’auto persuade qu’il a le pouvoir de contrôler les éléments, indépendamment de la sphère dans laquelle ils évoluent. 

🐝 Régulièrement envahie par un torrent de pensées, je cherche à faire des arbitrages. Je suis incapable prendre des décisions sans avoir suffisamment d’informations pour lever le débat intérieur qui s’est installé. Mon opinion n’est pas forgée et on me demande d’agir alors que les process établis par mon hémisphère gauche sont toujours en cours d’exécution… 

Une solution soudaine, prétendument magique arrive de l’extérieur : « Lâche prise ! »

Comment ? Je n’en ai aucune idée… Ce programme n’existe pas dans mon hémisphère gauche…

Alors je l’ai créé en m’inspirant de ceux qui sont parvenus à l’initialiser.

Le process utilisé par ceux qui parviennent à lâcher prise 

Concrètement, pour lâcher prise il convient de détourner le mode de fonctionnement contrôlant de l’hémisphère gauche. Tout l’enjeu est de redonner à l’hémisphère droit, le pouvoir de prendre la situation en main, sans se conformer aux exigences de traitement des données imposées par son homologue gaucher. 

Proposition de méthode en 3 questions successives :

  • La première question à se poser « Qu’est-ce qui est ? ». Sans jugement, j’énumère les faits qui constituent ma sphère de préoccupation. Il s’agit de la phase la plus délicate puisqu’elle suppose de prendre en compte la situation telle qu’elle est, et non pas comme je la vois ou voudrais qu’elle soit ;
  • Vient ensuite la question « Qu’est-ce que je veux ? ». Je me focalise sur ma sphère d’influence, mes pensées sont orientées sur mes rêves et envies en tenant compte de ce qui existe dans la zone de préoccupation ; 
  • Enfin, la dernière question m’invite à réfléchir sur « Qu’est-ce que je fais ? ». Je décide du comportement que j’adopte puisque c’est le seul levier de contrôle que je puisse activer.

Les personnes qui laissent leur hémisphère droit s’exprimer posent un regard inconditionnel sur les évènements qui se produisent dans les zones d’influence ou de préoccupation. L’hémisphère droit est totalement conscient de son impuissance.

En faisant cette bascule dans l’hémisphère droit, l’expert-comptable se concentre sur sa sphère de contrôle et accède à son mode de fonctionnement adaptatif. Il peut ainsi adopter les réflexions suivantes :

  • Je suis curieux : comment puis-je laisser s’exprimer mon côté explorateur et mon ouverture d’esprit dans ce contexte ?
  • Je sais faire preuve de souplesse : comment rendre la situation plus fluide ?
  • Je peux faire preuve de nuance : comment le montrer ?
  • J’invite mes équipes à prendre du recul : comment puis-je en prendre à mon tour ?
  • Je m’affranchis du poids de l’image sociale : comment laisser s’exprimer mon opinion personnelle ?

A vous de jouer : proposition d’exercice à faire au quotidien pour que lâcher prise devienne une habitude saine

Exactement comme on ferait des exercices de gym, il est possible de muscler sa capacité à lâcher prise et solliciter son hémisphère droit à la demande.

  • Je commence par identifier les pensées parasites : de quelle nature sont-elles ? Je les classe selon leur catégorie (travail, vie personnelle…) et je leur affecte une couleur/une forme/une image. Ensuite je les déplace à l’aide d’un moyen de transport spécifique dans ma sphère de préoccupation car elles sont ce qui est. Cela me permet de stimuler l’imaginaire de l’hémisphère droit et d’occulter complètement l’objet initial de cette pensée.
  • Si la situation inconfortable persiste générant des émotions désagréables, j’accueille les ressentis. Je les détache de moi, ils sont de passage, et influencent mon état d’esprit. J’identifie dans quelles zones de mon corps ils s’expriment et je les remplace par ce que je veux, en choisissant des émotions qui m’apportent de la satisfaction, me donne de la joie. Je laisse s’installer un paysage apaisant et réénergisant à l’intérieur de moi… 
  • Enfin je peux me concentrer sur ce que je fais et décider de changer l’activité à laquelle je souhaite me consacrer en cet instant.

🐝 Comme disait mon mentor, on a toujours le choix, le plus difficile étant d’accepter les conséquences du non choix. Si je laisse mon hémisphère gauche aux commandes je m’expose à davantage de frustration, de stress, de peur. En mobilisant mon hémisphère droit, j’accepte de laisser le contrôle de ce qui, en réalité, est hors de contrôle. J’accepte d’être responsable de mes comportements ou absences d’actions, je fais le choix d’adopter de nouveaux réflexes et de vivre des expériences.